Lundi 4 janvier
Retour en cours.
Ah le plaisir indicible que de se sentir compris par mes interlocuteurs quand j’évoque mon sujet de stage, ou celui que j’envisage pour ma thèse.
Les monnaies complémentaires ou l’exclusion des jeunes en milieu rural sont enfin dignes d’un intérêt non feint, et la présentation de mes turpitudes méthodologiques n’effraye pas.
Il flotte dans l’air une concentration de tensions, une énergie bonhomme qui me booste d’excitation.
Je fais en sorte de me maîtriser pour ne pas être trop lourd, mais j’enchaîne les interventions qui font rire l’assemblée prof compris, et parviens même à faire accepter à ce dernier sans m’en rendre vraiment compte que l’exercice qu’il nous demandait n’était pas du tout rigoureux et devrait être proscrit en situation professionnelle.
Petite pause de milieu de cours.
Message de Mathieu sur mon portable : Tu m’avais souhaité bon courage avant-hier apprenant l’hospitalisation de ma Maman… et bien elle est partie, ce midi.
La bienséance sociale a mué mon choc en mutisme, et ce n’est que quelques heures plus tard, dans la solitude de mon appartement fraichement emménagé que l’onde est retombée.
Et j’ai chialé, dans des convulsions entrecoupées de bâillements.
Un curieux mélange de rires, de spasmes et d’envies de vomir : les pleurs si souvent espérées dernièrement pour extirper la tristesse de mon être gisaient à l’air libre.
Je n’avais vu sa mère que quelques fois, mais j’avais d’elle l’image douce de la petite Maman, rappelée souvent par les tendres évocations de son unique rejeton.
Bourrin (surnom pour le moins antinomique quand il évoquait sa mère), est pour moi très proche.
A certains égards je l’aime comme un frère, même si je crois bien n’être qu’un de ses amis.
Le décès de sa mère m’a touché, comme une douleur qu’il m’était profondément triste de le voir affronter.
Interloqué, l’angoisse de l’absence d’A. n’avait plus le même sens.
La vie a parfois l’art de vous retourner les choses, de vous aider à prendre conscience d’elle-même, de vous balancer cette gifle.
Celle que l’on arrive jamais à se donner suffisamment forte quand on essaye soi-même de se sortir du voile de l’habitude, de l’ennui ou des chimères déposés comme un limon sur les jours qui passent.
Adieu Madame, mais à Vendredi.
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